Berthe, Camille, Frida, Tamara, Sonia, Marie, Artemisia, Suzanne et les femmes peintres..


« Pinceaux – Atelier de Doro.T » – photo Sandrine Besqueut (« Adrénaline »)

Que des hommes m’aient aimée, soit.
Je veux être aimée des hommes qui ne m’auront jamais vue,
qui demeureront à rêver et à m’imaginer devant un carré de toile oô, avec mes couleurs, j’aurais laissé un peu d’âme.

Marie-Clémentine Valade dit Susanne Valadon (1865-1938)


« Doro.T à l’atelier »- photo Sandrine Besqueut

La sieste du chat


Photo Doro.T

A l’atelier,
Il est des jours qui donnent une envie de rien.
De ne rien faire. Dormir peut-être ?
Rêver sôrement. En regardant par la fenêtre.
Sentir une présence qui se faufile.
Ne pas avoir peur.
Le chat.
Dans son silence, il saute sur l’établi.
Celui réservé aux dessins. La blouse est là.
Posée négligemment après une nuit de travail.
C’est à cet endroit précis que le chat se couche.
Il en a décidé ainsi.
Et moi ? Je rêve en regardant par la fenêtre.
Dans son silence, je suis bien.
Doro.T


Photo Doro.T
Capter ces moments-là…
Avoir l’œil.

"Elles" et l’oiseau

L’oiseau, à peine sorti du nid, s’est envolé dans la calade.
Lourdeau, maladroit, il s’est posé, ici et là, sans savoir oô aller.
Et puis il est entré. Il s’est posé sur « Les citrons ».
Puis a volé sur le haut de l’escalier.
Surpris par son aisance soudaine, il s’est posé sur le panier.
« Elles » le regardaient, l’accompagnaient dans ses hésitations.
Je vous assure que ces moments-là sont magiques !

Traces et mémoires du Temps


Peinture Huile-Collage écriture 1922-Photo début XXème s.- Doro.T

Lorsque je travaille sur un bout de papier jauni
Couvert d’une écriture à la plume, régulière et violette
Lorsque je feuillette de vieux albums et que je trouve
cette photo de pêcheur de crevettes…
Une bouffée de souvenirs me revient alors comme une vague déferlante.

C’était dans les années 1960 – 1965.
Sur la plage de Merlimont, nous allions à la pêche aux crevettes.
Les petites crevettes roses.
Qui étaient grises dans le seau oô elles sautaient dans tous les sens..
comme pour échapper à une cuisson certaine !

L’eau, souvent très froide, au niveau de la taille, on poussait le filet à deux mains, bien coincé contre le ventre. De toutes nos forces.
Il me revient l’odeur de la mer. La mer du Nord. Entre Berck et Le Touquet. Juste avant Stella.
Merlimont … c’est toute l’enfance et l’adolescence de mes vacances.

Fenêtre ouverte

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« Fenêtre ouverte » – fusain compressé – DoroT

Je vous livre – parce qu’ils m’ont touchée – quelques extraits de ‘Eva’ de Dominique Delaunay. L’histoire d’un homme, photographe, dont l’appartement est face à un hôtel. En vis à vis, une chambre occupée, à certains moments de la journée ou de la nuit, par une femme.
Il ‘attache’ son œil de photographe, un peu voyeur, à ce petit bout d’intimité dévoilée, à portée d’objectif……

 » Un soir, à mon retour, je découvris une clarté inhabituelle dans ma chambre, comme un flux de lumière provenant de l’hôtel. De ma fenêtre – surprise ! je pouvais voir de l’autre côté de la rue, en parfait vis à vis, une jeune femme en sous-vêtements, vivante, réelle, en trois dimensions, allant et venant naturellement, puis affairée à son maquillage face à un invisible miroir… »
 »J’eus le sentiment de retrouver soudain un monde intime oublié, ou dont j’avais été, peut-être de moi-même, très longtemps oublié. Cette simple apparition était réconfortante et douce, tel un fantasme de prisonnier dans sa cellule, dans l’œuf de rêve oô je me trouvais… Merveilleuse proximité…

….A une heure très avancée de la nuit, je fus réveillé par une brusque irruption de lumière dans ma chambre, qui projetait toutes les lignes de mon store. Aussitôt, je quittais le lit pour guetter, presque à plat ventre, du bas de ma fenêtre, cette femme qui, je l’espérais ardemment, avait regagné son hôtel. Les rideaux de sa chambre étaient ouverts au maximum et la lumière électrique inondait la pièce, mais à peine eus-je le temps de la voir dans son lit allonger le bras pour éteindre que ce bref tableau d’un seul coup disparut. Persistance dans la ténèbre de son bras lumineux tendu, gracieuse photographie mentale…

… un peu comme un joueur choisit un chiffre à la roulette, je réglais la sonnerie de mon réveil sur quatre heures, moment présumé de son possible retour.

…J’avais parié juste. A présent, elle était exposée à mes yeux, endormie, lovée sous la lumière crue… les plissements du couvre-lit lui faisaient plaines, versants et crêtes. Elle était là dans son sommeil, image de silence, comme une éclaircie dans la nuit, confiée en un total abandon à ma vue. Seul émergeait dans la clarté électrique le V ouvert de son bras nu, grâce d’oiseau, avec ses mains croisées reposées, et son visage à demi caché dans la blancheur de l’oreiller…

…Rentré chez moi l’après-midi pour me mettre à l’abri de la chaleur trop lourde, je fus joyeusement surpris d’apercevoir à travers mon store Eva dans un bain de lumière, véritable tableau vivant, dans la posture dont on rêve, poncif des revues de charme.
Fenêtre ouverte au léger vent, elle lisait couchée sur le dos, en mini-jupe et chaussures, et offrait en spectacle ses longues jambes haut croisées et sa culotte blanche. Un autre livre, posé près d’elle, dans ce rayon stratégique, bâillait comme un coquillage.

Cette petite scène immobile me faisait front comme un étonnant blason en forme de V insistant, avec la fleur de lys en abÎme dans l’empiècement de la culotte. Lit, livre, jambes ouvertes, composaient un moderne emblème réduit à la plus simple expression. J’imaginais aussi, que j’étais un peu le dessinateur, figuré par Dôrer, dans cette gravure oô l’on voit un homme reproduire, sur une feuille quadrillée, la femme étendue aux genoux relevés qu’il observe, à travers un châssis au carroyage semblable, et qu’il semble épier…. »

Que faire ? Cachette à Rustrel

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« Cachette à Rustrel » (détail) – huile techn.mixte – Doro.T

J’aimerais me cacher là.
Attendre.

Entendre le vent souffler.
Entendre le bois craquer.
Enveloppée dans un cocon tout chaud,
Attendre.

Entendre les cloches sonner au loin,
Répondre à toutes les cloches du monde.
Entendre les douze coups de minuit.
Surtout attendre.

Entendre les branches de l’arbre tout près,
Chuchoter que c’est fini. Terminé.
Se pencher doucement à la fenêtre.
Regarder. S’étonner.

L’hiver s’en va.
Je peux y aller…

Doro.T

BONNE ANNEE à TOUS !