"Fenêtre ouverte" - fusain compressé - DoroT
Je vous livre - parce qu'ils m'ont touchée - quelques extraits de 'Eva' de Dominique Delaunay. L'histoire d'un homme, photographe, dont l'appartement est face à un hôtel. En vis à vis, une chambre occupée, à certains moments de la journée ou de la nuit, par une femme.
Il 'attache' son œil de photographe, un peu voyeur, à ce petit bout d'intimité dévoilée, à portée d'objectif......
" Un soir, à mon retour, je découvris une clarté inhabituelle dans ma chambre, comme un flux de lumière provenant de l'hôtel. De ma fenêtre - surprise ! je pouvais voir de l'autre côté de la rue, en parfait vis à vis, une jeune femme en sous-vêtements, vivante, réelle, en trois dimensions, allant et venant naturellement, puis affairée à son maquillage face à un invisible miroir...''
''J'eus le sentiment de retrouver soudain un monde intime oublié, ou dont j'avais été, peut-être de moi-même, très longtemps oublié. Cette simple apparition était réconfortante et douce, tel un fantasme de prisonnier dans sa cellule, dans l'œuf de rêve où je me trouvais... Merveilleuse proximité...
....A une heure très avancée de la nuit, je fus réveillé par une brusque irruption de lumière dans ma chambre, qui projetait toutes les lignes de mon store. Aussitôt, je quittais le lit pour guetter, presque à plat ventre, du bas de ma fenêtre, cette femme qui, je l'espérais ardemment, avait regagné son hôtel. Les rideaux de sa chambre étaient ouverts au maximum et la lumière électrique inondait la pièce, mais à peine eus-je le temps de la voir dans son lit allonger le bras pour éteindre que ce bref tableau d'un seul coup disparut. Persistance dans la ténèbre de son bras lumineux tendu, gracieuse photographie mentale...
Abstrait1 - détail, huile - DoroT
... un peu comme un joueur choisit un chiffre à la roulette, je réglais la sonnerie de mon réveil sur quatre heures, moment présumé de son possible retour.
...J'avais parié juste. A présent, elle était exposée à mes yeux, endormie, lovée sous la lumière crue... les plissements du couvre-lit lui faisaient plaines, versants et crêtes. Elle était là dans son sommeil, image de silence, comme une éclaircie dans la nuit, confiée en un total abandon à ma vue. Seul émergeait dans la clarté électrique le V ouvert de son bras nu, grâce d'oiseau, avec ses mains croisées reposées, et son visage à demi caché dans la blancheur de l'oreiller...

Abstrait2 - détail, huile - DoroT
...Rentré chez moi l'après-midi pour me mettre à l'abri de la chaleur trop lourde, je fus joyeusement surpris d'apercevoir à travers mon store Eva dans un bain de lumière, véritable tableau vivant, dans la posture dont on rêve, poncif des revues de charme.
Fenêtre ouverte au léger vent, elle lisait couchée sur le dos, en mini-jupe et chaussures, et offrait en spectacle ses longues jambes haut croisées et sa culotte blanche. Un autre livre, posé près d'elle, dans ce rayon stratégique, bâillait comme un coquillage.
Cette petite scène immobile me faisait front comme un étonnant blason en forme de V insistant, avec la fleur de lys en abîme dans l'empiècement de la culotte. Lit, livre, jambes ouvertes, composaient un moderne emblème réduit à la plus simple expression. J'imaginais aussi, que j'étais un peu le dessinateur, figuré par Dürer, dans cette gravure où l'on voit un homme reproduire, sur une feuille quadrillée, la femme étendue aux genoux relevés qu'il observe, à travers un châssis au carroyage semblable, et qu'il semble épier...."