Nouvelle toile et impressions

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Il est toujours très grisant de se mettre devant cette grande surface blanche, qui me nargue du haut de ses presque 2 mètres.


Dans les plumes (titre d’attente)- photo Doro.T

Il s’installe peu à peu une complicité, presque une rivalité entre elle et moi. Comme si un défi se créait.

Tendue, droite, ficelée, elle attend les premiers coups de crayons, de gomme.. en douceur bien sôr.

Sur la table, c’est presque un rituel. Je déplie un vieux drap de coton, lavé, repassé mais toujours tâché ; j’aplatis les plis en posant les paumes de mes mains bien à plat, comme pour m’imprégner par le toucher, de cette matière, de son odeur, de sa douceur.

Ensuite je prends le pot contenant les couteaux. Puis celui des pinceaux. Les plus fins sont à part. Sur le côté. Je ne quitte pas du regard l’espace qui se crée peu à peu au centre de la table. Je pose alors ma palette de papier. Elle m’est indispensable et dès qu’elle est là, je sais que je vais peindre de suite. Ou presque.

Viennent ensuite les pots de verre. L’un contient de la térébenthine du Portugal, son odeur est très supportable et plus naturelle. L’autre, térébenthine mélangée à du distillat d’agrumes. Ils serviront à bien nettoyer mes pinceaux si le premier pot ne suffit pas.
Dans un autre tout petit pot de verre, l’huile de lin clarifiée. Son odeur se mêle à celle de l’essence et toutes deux me donnent comme une étrange joie.. et puis les tubes versés en vrac devant moi.
Des chiffons de coton. Ils m’aideront plus tard, mais je les veux sous la main, de suite pour ne pas les chercher et briser la pensée. Ne pas casser le fil.

Non loin, une télécommande pour la musique classique -surtout avec du violon, celui de Viktoria Mullova jouant Mendelssohn (Violin Concerto in E minor, Op.64 et Violin Concerto in D minor) ou guitare avec Santana (Jin-go-lo-ba, etc..). Fort. Le son est fort. Comme pour me couper de ce qui entoure l’atelier.


Photo Doro.T

Commence alors le balai des couleurs. J’ai en tête une couleur bien particulière, que je recherche sur la palette. Elle nécessitera certainement une approche soignée, que je fais du bout du doigt pour ne pas gâcher trop de peinture inutilement.
Lorsqu’elle est trouvée, je note sur une feuille, ses composants. Mémoire ! les couleurs que je fabrique sont tellement subtiles dans leurs nuances, dans leurs différences qu’il est parfois utile de se noter quelque part LA couleur utilisée qui a donné telle ou telle teinte. Je les connais par cœur mais c’est rassurant !

Quand tout est prêt, je peux me retourner et la regarder en face. C’est alors que l’aventure commence. Il est souvent tard. Je suis une « nocturne » !! A ce moment précis, plus rien ne peut empêcher « la relation ».
Lorsque la faim s’installe, si je n’ai pas prévu un « petit truc à grignoter », je choisis le moment de pause puis je prépare un petit encas, un café ou boisson chaude.
Au retour à l’atelier, l’œil a ‘oublié’ la toile. Et là, c’est une re-découverte. Ce qui va.. va. Mais ce qui ne va pas…. je prends de suite le pinceau et continue la toile.. tant pis pour le café froid ou le sandwich à moitié fini.. J’attrape le miroir et regarde à l’envers la peinture-ébauche. L’équilibre, la composition, les couleurs, les formes, tout doit se tenir.
Il est tard, il est tôt.. on ne sait plus. La fatigue s’installe.. A bientôt pour la suite et le tableau commencé..